Qu’est-ce qu’une photographie éthique ?

by Spriiks in Non classé on 23 juin 2020

Je vous le dis tout de suite : non je n’ai pas d’exemples… et je vous explique pourquoi.

 

Depuis le début de Spriiks, une question revient sans cesse : c’est quoi une photographie éthique ? Avec quelques secondes après une avide curiosité à voir, à avoir un exemple. C’est légitime, surtout lorsque l’on a la prétention de s’affirmer dans un système de valeur qui se veut respectueux et que l’on souhaite les porter le plus loin possible. 

“Je déteste les banques d’images… déjà parce qu’il y a le mot banque dedans.”

Le pavé dans la mare

 

Mettre les mots banque d’images et éthique relève d’une volonté de soulever une question de fond, celle de l’argent au point que l’on arrive à me demander si j’allais continuer d’appeler Spriiks une banque d’images. La réponse est oui, parce qu’il faut appeler un chat un chat et qu’aujourd’hui, nombre de photographes sont confrontés à la question économique, ont des difficultés à vivre de leur métier. Le projet commence avec cette idée très simple que tout travail mérite salaire, et que si la banque d’images est la solution pourquoi pas ? S’approprier un outil qui permettrait d’avoir des compléments de revenus tout en diffusant des valeurs, je ne dis pas que ça sera facile, mais c’est ce qui me semble le plus prometteur.

 

 

Ceci étant dit, on ne peut évidemment pas passer à côté de la représentation qui est au coeur de ma démarche. Comme je le disais dans mon article précédent je crois profondément que la diffusion de modèles sociaux doit se diversifier. A titre tout à fait personnel, je me sens humainement offensée lorsque je me promène dans la rue et que je vois un 4×3 avec le corps d’une femme (quelque soit la forme de ce corps) et qu’il n’ait ni tête ni pieds. C’est un corps a qui on a retiré son humanité et tout en moi le réprouve. Les stéréotypes ont la dent dure. Je ne peux pas lutter frontalement contre une pratique qui fait vivre des gens, mais je peux tenter de construire un système alternatif, et je m’y emploie, parce que si le choix existe, il n’y a plus d’excuses pour se réfugier dans des pratiques anciennes. On est ce que l’on fait.

 

La raison d’être de ce projet : aller vers un renouvellement

 

Je diffuse des images qui me semblent différentes, en dehors des systèmes de stéréotypes et je continuerais de le faire. Néanmoins, j’admet aimer l’idée d’oeuvrer pour la création de l’espace qui permettrait à un imaginaire nouveau et aux représentations de demain d’émerger plutôt que de renouveler des affirmations auxquelles je ne crois pas. Explorer de nouveaux territoires c’est prendre le risque que ce que l’on voit ne nous plaise pas, c’est le frisson de la découverte d’une pépite et c’est laisser le temps au temps. Je n’ai pas de plus grande satisfaction que de me dire que les photographes de demain sont encore à l’école, aux plus près des (r)évolutions rurales,  dans des zones trop peu valorisées. Autant que j’ai un plaisir immense de me dire que l’employé.e de bureau qui va tout les matins travailler ne sera plus bombardé.e par l’idée que la réussite est d’être un trentenaire caucasien en costard dans un bureau à baie vitrée. 

 

En somme, la photographie est aussi éthique parce qu’elle est le résultat d’un processus éthique. C’est tout ce qui l’entoure qui est éthique, l’histoire qu’elle raconte. Une photographie c’est toujours un être humain, à un moment donné à un endroit donné. Donc non, je n’ai pas d’exemples tout prêts et tout chaud et c’est cela, la chance à saisir. 

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